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Probiotiques pour maigrir : efficacité réelle et souches recommandées
Probiotiques pour maigrir : ce que mesurent les essais sur L. gasseri, B420 et L. rhamnosus, des effets faibles qui s’estompent à l’arrêt de la prise.
Par La Rédaction Publié le Mis à jour le 8 min de lecture
Sommaire
Chez les personnes en surpoids, les probiotiques ont fait perdre en moyenne 600 g de plus qu’un placebo en 3 à 12 semaines, un effet faible. Quelques souches précises ont donné de meilleurs résultats, dans des essais souvent menés par leurs fabricants, et l’effet s’estompe à l’arrêt de la prise. Nous ne recommandons donc aucune souche pour maigrir : cet article présente celles qui ont été testées chez l’humain.
Microbiote et poids : ce que montre la souris
Chez la souris, l’obésité s’accompagne d’un changement de l’abondance relative des deux grands groupes de bactéries intestinales, les Bacteroidetes et les Firmicutes. Chez ces animaux, le microbiote d’un individu obèse tire davantage d’énergie de l’alimentation, et ce trait se transmet : des souris sans microbe colonisées par un microbiote « obèse » ont gagné nettement plus de graisse que celles colonisées par un microbiote « mince ». L’étude de Turnbaugh et ses collègues, publiée dans Nature en 2006, relève aussi ce changement d’abondance chez l’homme obèse, mais les mécanismes démontrés restent ceux de l’animal.
Les souches testées chez l’humain
Lactobacillus gasseri SBT2055
Un premier essai sur cette souche est celui de Kadooka et ses collègues, publié en 2010 dans l’European Journal of Clinical Nutrition. Il a porté sur 87 adultes japonais en surpoids (IMC de 24,2 à 30,7) avec une graisse viscérale élevée, en double aveugle. Pendant 12 semaines, un groupe a consommé 200 g par jour d’un lait fermenté contenant Lactobacillus gasseri SBT2055, l’autre un lait fermenté sans cette souche. Dans le groupe SBT2055, la surface de graisse viscérale a baissé de 4,6 % et la graisse sous-cutanée de 3,3 % au scanner, avec 1,4 % de poids en moins (1,1 kg) et 1,7 cm de tour de taille. Dans le groupe témoin, aucun de ces paramètres n’a baissé de façon significative.
Un second essai publié en 2013 par la même équipe a suivi 210 adultes japonais en bonne santé, avec beaucoup de graisse viscérale. Même schéma pendant 12 semaines, avec un lait fermenté titré à 10^7, 10^6 ou 0 UFC de SBT2055 par gramme. La surface de graisse viscérale a baissé de 8,5 % et 8,2 % dans les deux groupes qui recevaient la souche, avec l’IMC, le tour de taille, le tour de hanches et la masse grasse en baisse, et rien dans le groupe témoin. Quatre semaines après l’arrêt, ces effets se sont atténués ; les auteurs en concluent qu’une consommation continue serait nécessaire pour les maintenir.
Lactobacillus rhamnosus CGMCC1.3724
L’essai de Sanchez et ses collègues, publié en 2014 dans le British Journal of Nutrition, a porté sur des hommes et des femmes obèses. Ils ont pris 2 gélules par jour de Lactobacillus rhamnosus CGMCC1.3724 (1,6 × 10^8 UFC par gélule, avec de l’oligofructose et de l’inuline) ou un placebo, pendant 12 semaines de régime modérément restrictif, puis 12 semaines de maintien. Sur l’ensemble des participants, aucune différence de perte de poids n’est apparue. Chez les femmes, la perte de poids a été plus forte que sous placebo après 12 semaines et s’est poursuivie pendant le maintien ; chez les hommes, aucune différence.
Bifidobacterium lactis B420
L’essai de Stenman et ses collègues, publié en 2016 dans EBioMedicine, a suivi 225 adultes en bonne santé (IMC de 28 à 34,9) pendant 6 mois, répartis en quatre groupes : placebo, fibre seule (polydextrose 12 g par jour), Bifidobacterium lactis B420 (10^10 UFC par jour), ou B420 avec la fibre. Dans l’analyse de tous les participants randomisés, aucune différence de masse grasse entre les groupes. Chez ceux qui ont suivi le protocole, B420 associé à la fibre a réduit la masse grasse de 4,5 % (1,4 kg) par rapport au placebo ; B420 seul (−3,0 %) n’était pas significatif, mais une analyse a posteriori l’était pour B420, à −4,0 %. Le tour de taille et l’apport alimentaire ont aussi baissé.
Les essais en un tableau
| Souche | Participants | Dose et durée | Résultat |
|---|---|---|---|
| Lactobacillus gasseri SBT2055 | 87 adultes japonais en surpoids, graisse viscérale élevée | 200 g de lait fermenté par jour, 12 semaines | Graisse viscérale −4,6 %, poids −1,1 kg ; rien de significatif dans le groupe témoin |
| Lactobacillus gasseri SBT2055 | 210 adultes japonais en bonne santé, graisse viscérale élevée | 200 g de lait fermenté par jour, 12 semaines | Graisse viscérale −8,5 % et −8,2 % selon le groupe ; effets atténués après 4 semaines d’arrêt |
| Lactobacillus rhamnosus CGMCC1.3724 | Hommes et femmes obèses | 2 gélules par jour, 12 semaines de restriction puis 12 semaines de maintien | Pas de différence sur l’ensemble ; perte de poids plus forte chez les femmes, aucune chez les hommes |
| Bifidobacterium lactis B420 | 225 adultes en bonne santé, IMC de 28 à 34,9 | 10^10 UFC par jour, 6 mois | Pas de différence sur tous les participants ; avec la fibre, masse grasse −4,5 % chez ceux qui ont suivi le protocole |
Ce que disent les méta-analyses
La méta-analyse de Borgeraas et ses collègues, publiée en 2018 dans Obesity Reviews, a réuni 15 essais randomisés, 957 personnes en surpoids ou obèses (IMC moyen 27,6) et des interventions de 3 à 12 semaines. Par rapport au placebo, le poids a baissé de 0,60 kg, l’IMC de 0,27 kg/m² et le pourcentage de masse grasse de 0,60 point. Ces écarts restent faibles, et la masse grasse en kilos n’a pas bougé de façon significative.
Le choix de la souche pèse donc plus que le mot « probiotique ». La méta-analyse de Million et ses collègues, publiée en 2012, a rassemblé 17 essais chez l’homme et des études chez l’animal, où Lactobacillus acidophilus a été associé à une prise de poids (différence standardisée de 0,15) et Lactobacillus gasseri à une perte de poids chez l’homme obèse comme chez l’animal. Selon l’espèce de Lactobacillus, l’effet ne va pas dans le même sens.
Qui a mené ces essais
D’après les affiliations indiquées dans les résumés, les auteurs des deux essais sur L. gasseri SBT2055 appartiennent à l’institut de recherche de Snow Brand Milk Products (Megmilk Snow Brand), l’essai sur L. rhamnosus CGMCC1.3724 compte plusieurs chercheurs du centre de recherche Nestlé, et celui sur B420 vient de DuPont Nutrition & Health. Ces liens ne disqualifient pas les résultats, mais ils invitent à attendre des essais indépendants.
Choisir un produit
Les essais portent sur des souches identifiées par un code précis : SBT2055, CGMCC1.3724, B420. Un produit qui n’indique que l’espèce sur la boîte ne dit pas s’il contient la souche testée. Quant aux doses, les essais sur L. gasseri SBT2055 ont utilisé un lait fermenté à 200 g par jour, celui sur L. rhamnosus CGMCC1.3724 deux gélules par jour et celui sur B420 10^10 UFC par jour . Seul le second essai sur SBT2055 a comparé deux doses (10^7 et 10^6 UFC par gramme de lait fermenté), avec des effets proches.
Précautions
En cas de maladie grave, de défenses immunitaires affaiblies, de grossesse ou de traitement en cours, demandez l’avis d’un médecin avant de prendre un probiotique. Une prise de poids inexpliquée justifie une consultation.
Notre avis
Les probiotiques ne sont pas un outil de perte de poids : l’effet moyen tient en quelques centaines de grammes. Si vous voulez essayer, choisissez une souche testée et attendez-vous à un effet faible, qui s’arrête avec la prise. L’alimentation et l’activité physique restent la base.
Pour aller plus loin
Probiotiques : le guide complet Notre comparatif des probiotiquesCet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Consultez un professionnel de santé avant toute supplémentation, particulièrement en cas de traitement médicamenteux ou de grossesse.